Souvenir d'enfance
Là où je travaillais me faisait exploiter comme un esclave (avant que je tombe malade une semaine), il y avait, posé sur le bureau d'une des trois secrétaires, un truc vraiment, mais alors vraiment moche: c'était un oiseau en plastique, le bec ouvert, et la queue, qui est en fait un sifflet. Faut remplir ce truc avec un peu d'eau, et quand on souffle dans la queue, ça siffle comme un rossignol.
Bon, c'est très con, c'est très laid, et puis, c'est rose fluo.
Ben je me souviens (c'est con je trouve de se rappeler de vieux trucs comme ça alors que je me souviens jamais où est cette putain de rue du Maréchal de Lattre de Tassigny, ce qui fait que je tournais et retournais avant d'arriver à trouver le client), donc, je me souviens qu'un jour (je devais avoir 7 ou 8 ans), cet oiseau en plastique a été la chose que j'ai le plus désiré au monde. (bon, je parle pas précisément de l'oiseau qui est sur le bureau de la secrétaire, je parle de l'objet "oiseau en plastique qui siffle quand on le remplit d'eau et qu'on souffle dans la queue" en général).
Avec mes parents et ma soeur, on avait été à la foire. Et en sortant de la foire, sur la droite (oui, je m'en rappelle super bien), y'avait un type souriant qui arrêtait pas de siffler dans un de ces rossignols en plastique, et pour cause, c'était lui qui les vendait.
J'avais rien eu de concret à la foire: j'avais fait des manèges (je crois), j'avais bouffé (ça c'est sûr, à voir l'allure que j'avais quand j'étais gosse), mais j'avais aucun truc que je pouvais toucher, et ressortir plus tard en me rappelant la journée.
Et je voyais ce type siffler, il souriait, comme s'il était content à cause de ces rossignols en plastique fluo, et moi je voyais ce type content avec un truc que je n'avais pas (j'avais pas encore compris que les souvenirs, c'est en fait les trucs les plus importants, parce qu'on peut te piquer un rossignol en plastique fluo, mais personne pourra jamais te piquer un souvenir). J'ai donc logiquement demandé à mes parents de m'en acheter un. Certainement que j'avais l'impression que ma journée serait complètement foirée, que ma vie serait incomplète (oui, je voyais les choses comme ça quand j'étais gamin), que j'aurais vraiment raté quelque chose si j'avais pas possédé ce rossignol en plastique fluo. J'avais l'impression que ce bout de plastique qui sifflait quand on foutait de l'eau dedans allait m'apporter tout ce qui me manquait (et en fait, à l'époque, mon père était là, enfin, il s'était pas encore barré, et il me manquait pas grand-chose) et que j'allais être heureux.
Vraiment heureux.
Mes parents ont fini par m'en acheter un. Vert il était. Vert fluo bien sûr.
Je crois que j'ai fait siffler ce rossignol une fois. Puis je l'ai perdu. Et ça m'a rien fait, parce que l'avoir eu lui avait fait perdre toute sa magie.
En fait, ce truc, c'était rien d'extraordinaire...
C'était devenu simplement un morceau de plastique moulé en forme d'oiseau, d'une couleur criarde et qui n'était même pas beau.
Puis en plus, je l'avais...
Bon, c'est très con, c'est très laid, et puis, c'est rose fluo.
Ben je me souviens (c'est con je trouve de se rappeler de vieux trucs comme ça alors que je me souviens jamais où est cette putain de rue du Maréchal de Lattre de Tassigny, ce qui fait que je tournais et retournais avant d'arriver à trouver le client), donc, je me souviens qu'un jour (je devais avoir 7 ou 8 ans), cet oiseau en plastique a été la chose que j'ai le plus désiré au monde. (bon, je parle pas précisément de l'oiseau qui est sur le bureau de la secrétaire, je parle de l'objet "oiseau en plastique qui siffle quand on le remplit d'eau et qu'on souffle dans la queue" en général).
Avec mes parents et ma soeur, on avait été à la foire. Et en sortant de la foire, sur la droite (oui, je m'en rappelle super bien), y'avait un type souriant qui arrêtait pas de siffler dans un de ces rossignols en plastique, et pour cause, c'était lui qui les vendait.
J'avais rien eu de concret à la foire: j'avais fait des manèges (je crois), j'avais bouffé (ça c'est sûr, à voir l'allure que j'avais quand j'étais gosse), mais j'avais aucun truc que je pouvais toucher, et ressortir plus tard en me rappelant la journée.
Et je voyais ce type siffler, il souriait, comme s'il était content à cause de ces rossignols en plastique fluo, et moi je voyais ce type content avec un truc que je n'avais pas (j'avais pas encore compris que les souvenirs, c'est en fait les trucs les plus importants, parce qu'on peut te piquer un rossignol en plastique fluo, mais personne pourra jamais te piquer un souvenir). J'ai donc logiquement demandé à mes parents de m'en acheter un. Certainement que j'avais l'impression que ma journée serait complètement foirée, que ma vie serait incomplète (oui, je voyais les choses comme ça quand j'étais gamin), que j'aurais vraiment raté quelque chose si j'avais pas possédé ce rossignol en plastique fluo. J'avais l'impression que ce bout de plastique qui sifflait quand on foutait de l'eau dedans allait m'apporter tout ce qui me manquait (et en fait, à l'époque, mon père était là, enfin, il s'était pas encore barré, et il me manquait pas grand-chose) et que j'allais être heureux.
Vraiment heureux.
Mes parents ont fini par m'en acheter un. Vert il était. Vert fluo bien sûr.
Je crois que j'ai fait siffler ce rossignol une fois. Puis je l'ai perdu. Et ça m'a rien fait, parce que l'avoir eu lui avait fait perdre toute sa magie.
En fait, ce truc, c'était rien d'extraordinaire...
C'était devenu simplement un morceau de plastique moulé en forme d'oiseau, d'une couleur criarde et qui n'était même pas beau.
Puis en plus, je l'avais...
Tim
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