La crise
Hier, je suis rentré un peu plus tard de chez Caroline que d'habitude. Son fils était pas là, mais j'ai vu que la play était branchée. Caroline pense que c'est déjà un bon point. Mais je me demande si c'est pas elle qui l'a branchée pour me faire croire... Mais en même temps, ça m'étonnerait, parce que Caroline connaît rien aux trucs comme ça. Bon, faut pas non plus avoir été à l'école pendant longtemps pour brancher une play, mais là... Enfin bon, je sais pas trop.
Bon, je suis rentré plus tard donc, et en arrivant devant la porte de chez Gwen et moi, je me disais que y'avait un truc qui allait pas. J'aurais pas pu dire quoi sur le coup. Bon, après, j'ai compris, en fait, c'était que y'avait pas de lumière sous la porte, et qu'on entendait comme une musique bizarre à l'intérieur.
Je suis rentré... Et là... C'était super triste d'un côté. Mais d'un autre côté, c'était trop. Un peu comme une actrice qui en fait des tonnes. Je sais pas quoi en penser.
Gwen était assise en tailleur au milieu du salon. Sur la table, elle avait foutu toutes les bougies qu'on a, elle les avait allumé et avait éteint la lumière. Et comme musique, y'avait une chanson à la con « elle tu l'aime » de Hélène Ségara. Non mais franchement... Ca, c'est Gwen. Elle adore tout ce qui est trop. Les larmes et tout, c'est trop son truc. Alors là... Ca faisait un peu mise en scène.
J'ai été m'asseoir à côté d'elle, je lui ai demandé ce que je devais faire. Elle pleurait. Elle a rien dit. Je me suis relevé, j'ai éteint les bougies, j'ai allumé la lumière et je suis allé arrêté l'autre conne qui chantait « elle, tu l'aime, si fort, si femme ». Et là...
Gwen s'est levée, elle pleurait toujours, elle m'a tout dit. Elle m'a pourri. Entre deux sanglots, elle me disait que j'étais un raté, que je pensais que j'allais devenir quelqu'un mais que j'étais tout juste bon à aller à l'usine, que j'étais toujours gros dans ma tête, que j'en avais rien à foutre des autres et que j'étais sociopathe et que elle avait été conne de me pardonner la première fois. Que de toutes façons, j'étais pas capable de réfléchir, que c'est pas l'autre qui allait m'apporter tout ce que elle elle m'apportais... Franchement... On avait dit qu'on parlerait pas de Caroline. Mais elle continuait sur elle, j'écoutais même plus.
Parce qu'il y a des trucs sur lesquels je suis d'accord: oui, quand même, j'ai pas vraiment le beau rôle. Oui, je suis un peu un connard. Oui, je la quitte. Oui, je pense que je peux arriver à quelque chose dans la vie mais il y a plus de probabilités que je reste ouvrier à l'usine... Oui, je suis pas très mur sur certains points, oui, je mérite d'avoir personne et de crever seul. Mais j'ai quelqu'un. Et ce quelqu'un, je l'aime. C'est Caroline.
Sinon, à propos de Hélène Ségara, y'avait un problème. C'est que je connais les disques qu'on avait, et je suis sûr qu'on n'avait pas Hélène Ségara. J'ai demandé à Gwen d'où il sortait le CD... C'est Jeanine qui lui avait acheté le jour même.
Ca, ça m'a fait quelque chose quand même...
Tim