Catalogue de psys
Quand ça ne va plus du tout, on se dit "et hop, direction le psy". Pas pour revenir avec une ordonnance longue comme une soirée d'hiver chez Pascal Sevran (pour ça, le généraliste fait tout à fait l'affaire), mais pour discuter un peu, dire son mal-être et trouver du réconfort. Enfin, je dis "trouver du réconfort", mais là, ça dépend du psy. Parce qu'entre le qui parle pas, le qui parle trop et le qui a pas le temps, des fois, aller voir un psy vous rend encore plus paumé que ne pas y aller.
Petit tour d'horizon:
- Le dépressif: là, je parle pas du client, je parle du psy. Le mec est terrorisé, a peur de son boulot et de ses patients. Du coup, il regarde son bureau, son crayon, son mur, vous pose des questions inaudibles et vous demande tout le temps de parler plus fort. Vous avez tellement peur qu'il s'effondre en sanglots dans vos bras que, pour échapper au rendez-vous suivant, vous prétendez une grand-mère mourante en Moldavie orientale pour ne plus revenir.
- L'âpre au gain: ce psy est un génie. Vous lui parlez 10 minutes, il vous dit deux-trois choses fondamentales, et vous vous sentez mieux. Le problème ? 10 minutes, c'est le temps de la séance, qu'il vous facture 80 € (oui, il pratique le dépassement d'honoraires, votre mutuelle non, mais en même temps, le superbe fauteuil en cuir dans lequel vous avez posé votre cul pendant ces 10 minutes, c'est pas avec la convention secteur 1 qu'il aurait pu le payer), et il faut savoir qu'il bourre son carnet de rendez-vous comme une pétasse d'un samedi soir, ce qui fait que le rendez-vous que vous aviez à 17h00 vous fait passer en réalité à 18h00. Et comme son cabinet est en plein centre ville, vous n'aviez trouvé qu'un parking payant. Et quand vous sortez, vous avez un PV parce que vous avez dépassé de 45 minutes votre temps. Bilan: 91 € la séance, dont 30 remboursés. Trop cher.
- Le supérieur: Il vous regarde, vous parle, ne pratique pas de dépassement d'honoraire, pratique des séances d'une durée normale, mais il se fout de vous. Non, il n'en a pas rien à foutre, il se fout de votre gueule. Lui a la science, il sait, quelquefois il en profite donc pour vous sortir une citation de Jung (qui avait l'air d'être drôle comme une branlette un samedi soir) et vous l'expliquer, pour vous faire sentir combien vous être une larve minable et que vous ne mériteriez même pas de vivre. Lorsque vous sortez, vous pensez au suicide.
- Le psychotique: Alors celui-là... Vous ne vous sentez pas bien, donc vous allez voir un psy ? Dites-vous que lui a adopté le raisonnement strictement inverse: il ne se sent pas bien, alors il va voir un client. Ce gars est en thérapie avec vous. Il vous parle de ses patients, de sa famille, vous abreuve d'anecdotes toutes plus inintéressantes les unes que les autres (OK, ce que vous racontez n'est pas forcément intéressant, mais en même temps, c'est vous qui payez la séance). Quand au bout d'une demi-heure, vous quittez la séance, épuisé, vous êtes bon pour aller prendre un Lexomil (ou deux, ou trois, ou quatre) et pour aller vous coucher.
- Le paie pas de mine: La première fois que vous arrivez, vous chercher la caméra caché. Parce que c'est pas un psy que vous avez en face de vous, c'est Bozo le clown (le nez rouge et les cheveux en moins). Vêtu d'un large pantalon à carreaux, d'un ample T-shirt mauve et de chaussures bicolores, vous pensez immédiatement à un braquage à Emmaüs. En fait, ce psy n'en a rien à foutre de son apparence (enfin, là, c'est même plus du rien à foutre, c'est quasiment suicidaire !) et il a raison. D'autant plus raison que c'est le meilleur psy que vous n'ayez jamais rencontré.