Quand Jeanine...
Quand l'angoisse est trop forte, quand Gwen est là et que j'ai peur même de bouger le petit doigt, quand je voudrais rester coucher à attendre que le temps passe, rester à ne rien faire pour ne rien risquer, que je voudrais pleurer mais que même les larmes refusent d'être libérées, que je voudrais hurler ma peur mais que ma voix ne répond plus, je me tire. Je dis à Gwen que je sors, si elle accepte, tant mieux, si elle refuse, je me mets à gueuler. Je sais que je pourrais apprendre à au moins gérer ça, mais ce n'est pas possible. Il faut que je sorte ou alors je vais exploser. Et quand je sors, je fais quelques pas, et ensuite, je vais voir sa grand-mère.
Elle habite pas très loin de chez nous, a la tête sur les épaules, et franchement, c'est une femme de conseil. J'aime bien parler avec elle. Elle me conseille. Puis j'ai pas connu mes grand-mères (et là, question: quel est le pluriel de "grand-mère" ? Faut les foutre où les "s" ?), et Jeanine, avec ses 80 ans, fait tout à fait l'affaire.
Je vais chez Jeanine quand je veux, sa porte est toujours ouverte (enfin, c'est une expression, elle a quand même une serrure et tout, c'est juste pour dire que j'y vais quand je veux). Elle me parle de la vie (et elle en connaît un rayon), elle me raconte des trucs, et je me rends compte qu'elle est d'une modernité effarante cette petite femme de 80 ans. Bien plus moderne que d'autres à moitié plus jeune. Elle regarde la gay pride avec bienveillance, elle me dit que j'ai le temps pour me marier avec Gwen, que je suis même pas obligé de l'épouser, qu'on peut vivre à la colle (ok, on ne dit plus comme ça maintenant, mais ça revient au même), qu'elle sait que Gwen est adorable mais qu'elle n'a pas de cervelle.
Elle me fait découvrir la littérature, elle était prof de français à la fac, donc de littérature (oui, le français à la fac, ça s'appelle la littérature) elle me fait lire des auteurs dont je n'avais jamais entendu parler, Romain Gary, Charles Bukowski, Boris Vian, de la poésie (j'adore les fleurs du mal), et me fait découvrir le bon vin. C'est une femme épatante.
En même temps, j'ai peur de n'être qu'un squatteur dans le coeur de Gwen, de n'être qu'un passager. Parce que je ne sais pas exactement ce qu'elle est pour moi, si elle n'est pas juste une passagère. Jeanine, à qui j'ai confié ça, m'a dit que j'avais le temps, mais que le jour où je serai sûr de plus l'aimer, faudra pas jouer la comédie, c'est pire que tout. Elle parle souvent de la sincérité, qui est la qualité essentielle, d'après elle, chez quelqu'un. Elle me dit que du moment que la personne est sincère, peu importe ses défauts.
Ne jamais jouer de rôle, être à sa place. J'ai aussi parlé de mes angoisses à Jeanine. Elle m'a dit que je devrais en parler à Gwen, que je devrais lui dire. Je lui ai répondu que je n'étais pas prêt, elle a ajouté que je devais prendre le temps. Elle m'a aussi dit qu'elle aussi avait connu ça, qu'elle avait fait une grosse dépression dans les années 70, qui l'avait conduite pendant 3 semaines en cliniques, 3 semaines où elle avait fait une cure de sommeil, dormir, dormir, et encore dormir sans voir jamais personne. Elle dit que c'est ce qui l'a sauvé.
Elle m'a dit que des fois, elle avait tellement mal qu'elle ne savait pas si elle devait "devenir aveugle ou aller chier".
J'adore cette expression.
J'adore Jeanine.
Tim
Elle habite pas très loin de chez nous, a la tête sur les épaules, et franchement, c'est une femme de conseil. J'aime bien parler avec elle. Elle me conseille. Puis j'ai pas connu mes grand-mères (et là, question: quel est le pluriel de "grand-mère" ? Faut les foutre où les "s" ?), et Jeanine, avec ses 80 ans, fait tout à fait l'affaire.
Je vais chez Jeanine quand je veux, sa porte est toujours ouverte (enfin, c'est une expression, elle a quand même une serrure et tout, c'est juste pour dire que j'y vais quand je veux). Elle me parle de la vie (et elle en connaît un rayon), elle me raconte des trucs, et je me rends compte qu'elle est d'une modernité effarante cette petite femme de 80 ans. Bien plus moderne que d'autres à moitié plus jeune. Elle regarde la gay pride avec bienveillance, elle me dit que j'ai le temps pour me marier avec Gwen, que je suis même pas obligé de l'épouser, qu'on peut vivre à la colle (ok, on ne dit plus comme ça maintenant, mais ça revient au même), qu'elle sait que Gwen est adorable mais qu'elle n'a pas de cervelle.
Elle me fait découvrir la littérature, elle était prof de français à la fac, donc de littérature (oui, le français à la fac, ça s'appelle la littérature) elle me fait lire des auteurs dont je n'avais jamais entendu parler, Romain Gary, Charles Bukowski, Boris Vian, de la poésie (j'adore les fleurs du mal), et me fait découvrir le bon vin. C'est une femme épatante.
En même temps, j'ai peur de n'être qu'un squatteur dans le coeur de Gwen, de n'être qu'un passager. Parce que je ne sais pas exactement ce qu'elle est pour moi, si elle n'est pas juste une passagère. Jeanine, à qui j'ai confié ça, m'a dit que j'avais le temps, mais que le jour où je serai sûr de plus l'aimer, faudra pas jouer la comédie, c'est pire que tout. Elle parle souvent de la sincérité, qui est la qualité essentielle, d'après elle, chez quelqu'un. Elle me dit que du moment que la personne est sincère, peu importe ses défauts.
Ne jamais jouer de rôle, être à sa place. J'ai aussi parlé de mes angoisses à Jeanine. Elle m'a dit que je devrais en parler à Gwen, que je devrais lui dire. Je lui ai répondu que je n'étais pas prêt, elle a ajouté que je devais prendre le temps. Elle m'a aussi dit qu'elle aussi avait connu ça, qu'elle avait fait une grosse dépression dans les années 70, qui l'avait conduite pendant 3 semaines en cliniques, 3 semaines où elle avait fait une cure de sommeil, dormir, dormir, et encore dormir sans voir jamais personne. Elle dit que c'est ce qui l'a sauvé.
Elle m'a dit que des fois, elle avait tellement mal qu'elle ne savait pas si elle devait "devenir aveugle ou aller chier".
J'adore cette expression.
J'adore Jeanine.
Tim
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