J'aime pas les dimanches
Ca date pas de hier. J’ai toujours commencé à flipper dès le dimanche en fin d’après-midi, à cause du lundi qui arrivait. Enfin, pas TOUT le dimanche. Parce que cette flippe est passagère. Elle dure pas (en principe, mais bon, des fois j’angoisse toute la soirée, ça arrive aussi) toute la journée du dimanche. Ni tous les dimanches. Juste quand je bosse le lendemain.
Non, le pire, c’est ce moment un peu particulier où il ne fait pas encore nuit, mais où il ne fait plus jour non plus. Je crois qu’on dit " entre chien et loup ". Je sais pas pourquoi. C’est un moment étrange, pas vraiment vrai, c’est rien, ni le jour, ni la nuit, c’est gris. Il fait gris. Tu sens que c’est dimanche, et tu le sens encore plus à ce moment là que plus tard dans la soirée.
Quand j’étais petit, au CE1, je me rappelle que y’avait toujours autodictée le lundi matin. Autodictée, c’était 3 lignes à apprendre par cœur et à réécrire en classe sans faute d’orthographe. Je me souviens que je regardais la télé le dimanche en fin d’après-midi, et que y’a toujours un moment au milieu du dessin animé où je me rappelais que le lendemain ça serait lundi et qu’on aurait autodictée. Et que y’avait toutes les chances que je la sache plus (parce que je l’avais apprise la veille). Alors, à partir du moment où je me souvenais de cette putain d’autodictée jusqu’à la fin du dessin animé, je me récitais le texte de l’autodictée. Et bien sûr, ça me pourrissait le dessin animé, parce que je pouvais pas vraiment en profiter, vu que j’étais en train de me rappeler du texte à la con qu’il fallait apprendre. Une fois le dessin animé terminé, j’allais vite ouvrir mon cahier pour vérifier que je m’étais pas planté. Oui, parce que j’étais (et je suis toujours) comme ça. Incapable de me lever au milieu du dessin animé pour aller vérifier (pour pas perdre une miette de ce dessin animé), mais incapable de rester concentré sur le dessin animé. En fait, incapable de prendre une décision intelligente. Alors qu’il aurait simplement fallu que je me lève, et j’aurais juste perdu 1 minute ou 2. Tandis que là, je perdais toute la fin, puisque je me remémorait le texte.
Maintenant, quand j’ai un boulot, je déteste le dimanche soir. Parce qu’une semaine complète, tu sais pas ce qui peut se passer. Le lundi soir, tu vois déjà que t’as réussi à passer une journée. Le vendredi, c’est toujours l’euphorie, tout le monde s’aime et tout, parce qu’on sait qu’on n’a plus qu’une journée à se supporter avant le week-end. Donc on peut faire l’effort. Mais le lundi, quand tu sais que tu vas bosser toute la semaine avec un mec que t’aimes pas, c’est plus difficile à montrer. Et quand je bossais à l’usine, le dimanche soir, je savais jamais dans quelle équipe j’allais atterrir. Alors, des fois, tout mon dimanche soir était pourri.
Au chômage, pareil mais avec les papiers à faire. Pas envie d’aller à la sécu le lundi matin, pas envie d’aller voir une femme qui fait la tronche à l’ANPE, bref, pas envie de bouger. Parce que c’est comme un boulot d’aller à l’ANPE, à la Sécu…
J’ai peur le dimanche soir. Peur de la semaine qui arrive, peur de l’imprévu, peur des merdes qui pourraient me tomber sur la gueule. Parce que depuis que j’ai été au CE1, pour moi, toutes les fins d’après-midi de dimanches ont des goûts d’autodictée…