Le songe d'Athalie
Jeanine (la grand-mère de Gwen, ma copine - je récapitule on sait jamais) m'a fait découvrir le théâtre. Il y a une pièce que j'adorerais voir, c'est Athalie, de Racine. Le passage qui m'a le plus ému (et franchement, c'est bizarre d'être ému devant du théâtre en vers avec des expressions qu'on n'entends plus depuis environ 200 ans, mais bon, c'est comme ça), c'est le songe d'Athalie.
J'ai lu plusieurs fois ce passage, mais je l'ai jamais appris pas coeur. Enfin, je ne l'avais jamais appris par coeur. Un matin, après une nuit particulièrement horrible, peuplée de camps de concentration et de gens torturés, au réveil, j'ai relu ce passage. Depuis, je le connais par coeur. Je ne sais même pas pourquoi, c'est comme ça.
Sauf que ma mère n'est pas morte, ça pourrait tout à fait être un de mes cauchemars. Et j'ai pas envie de résumer ici toute la pièce, alors je vous mets que le passage donc, "le songe d'Athalie";
Un songe (Me devrais-je inquiéter d'un songe?)
Entretient dans mon coeur un chagrin qui le ronge:
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit;
Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée;
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté :
Même elle avait encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,
Pour réparer des ans l’irréparable outrage.
« Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi,
Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi!
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables
Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables
Son ombre vers mon lit a paru se baisser,
Et moi, je lui tendais les bras pour l’embrasser;
Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange
D’os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux,
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Ma mère se maquille beaucoup. Enfin, c'est même au delà de beaucoup. Je ne connais pas son budget maquillage, mais je suis certain que quelquefois, elle préfère sauter un repas plutôt que de renoncer à son maquillage. Bon, maintenant qu'elle a un travail à plein temps et un salaire fixe qui rentre tous les mois, elle doit plus avoir à se priver. Mais à une époque, je pense que c'est bien ce qu'elle a fait.
Mais quand le matin, tout ce que vous éprouvez colle parfaitement avec cette scène d'une vieille pièce de théâtre, vous auriez envie de continuer la journée vous ? Moi non. Alors je mets mon masque, et je fais semblant. Pour ne pas perdre la face au travail, pour ne pas ennuyer Gwen, pour continuer à avancer même quand on a l'impression que c'est impossible. Dans ces cas-là, j'avance comme un robot, ne pensant qu'au pas que je suis en train de faire, surtout pas au prochain, que je gérerai en son temps. Pour ne pas tomber.
Tim
J'ai lu plusieurs fois ce passage, mais je l'ai jamais appris pas coeur. Enfin, je ne l'avais jamais appris par coeur. Un matin, après une nuit particulièrement horrible, peuplée de camps de concentration et de gens torturés, au réveil, j'ai relu ce passage. Depuis, je le connais par coeur. Je ne sais même pas pourquoi, c'est comme ça.
Sauf que ma mère n'est pas morte, ça pourrait tout à fait être un de mes cauchemars. Et j'ai pas envie de résumer ici toute la pièce, alors je vous mets que le passage donc, "le songe d'Athalie";
Un songe (Me devrais-je inquiéter d'un songe?)
Entretient dans mon coeur un chagrin qui le ronge:
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit;
Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée;
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté :
Même elle avait encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,
Pour réparer des ans l’irréparable outrage.
« Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi,
Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi!
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables
Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables
Son ombre vers mon lit a paru se baisser,
Et moi, je lui tendais les bras pour l’embrasser;
Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange
D’os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux,
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Ma mère se maquille beaucoup. Enfin, c'est même au delà de beaucoup. Je ne connais pas son budget maquillage, mais je suis certain que quelquefois, elle préfère sauter un repas plutôt que de renoncer à son maquillage. Bon, maintenant qu'elle a un travail à plein temps et un salaire fixe qui rentre tous les mois, elle doit plus avoir à se priver. Mais à une époque, je pense que c'est bien ce qu'elle a fait.
Mais quand le matin, tout ce que vous éprouvez colle parfaitement avec cette scène d'une vieille pièce de théâtre, vous auriez envie de continuer la journée vous ? Moi non. Alors je mets mon masque, et je fais semblant. Pour ne pas perdre la face au travail, pour ne pas ennuyer Gwen, pour continuer à avancer même quand on a l'impression que c'est impossible. Dans ces cas-là, j'avance comme un robot, ne pensant qu'au pas que je suis en train de faire, surtout pas au prochain, que je gérerai en son temps. Pour ne pas tomber.
Tim
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